La Gestalt-thérapie

Comme un clin d’œil qui traverse le temps, Fritz PERLS a décidé de baptiser sa nouvelle approche thérapeutique d’un terme énigmatique, faisant le pari que cela éveillerait la curiosité de celui qui l’entendrait prononcer par quelqu’un, que cela amènerait donc des questions et par là-même, provoquerait du contact – ce dernier étant la notion-clé de la Gestalt, comme nous le verrons-.

Le mot Gestalt vient de l’allemand. Il signifie « silhouette, forme, structure ». Il s’agit, dans la relation thérapeutique, de saisir, de travailler ce qui apparaît au premier plan, la forme qui se détache du fond. La Gestalt est donc née des intuitions de Fritz PERLS (1893-1970) qui a commencé à élaborer la Gestalt-thérapie dans les années quarante. Psychanalyste juif, d’origine allemande, il a fui le nazisme et, après une période passée en Afrique du Sud, il émigre aux Etats-Unis à la fin de la guerre. Il a alors 53 ans, une existence professionnelle bien remplie et des années d’exercice de ‘psychanalyse classique’ derrière lui. Les présupposés et la pratique de la psychanalyse ne le satisfont plus. Grâce à la collaboration d’une équipe new-yorkaise, constituée en particulier de Laura PERLS, sa femme, et de Paul GOODMAN, les fondements théoriques de la Gestalt sont établis en 1951.

La Gestalt, d’inspiration phénoménologique et existentielle (mouvements philosophiques conduits par Husserl, Heidegger, Sartre…) développe une perspective globale, holistique de l’être humain et élargit la focale au ‘champ’ dans lequel ce dernier se trouve et dans lequel il est en interaction. C’est à la qualité de contact entre la personne et son environnement que la Gestalt s’intéresse. Ce contact est sain quand, à tout moment, la personne s’ajuste de manière créative et fluide aux possibilités que lui offre son environnement, matériel et humain, pour satisfaire ses besoins. La vision gestaltiste permet au thérapeute de voir se déployer les altérations de la personne dans la relation actuelle avec lui, qui se déroule maintenant, en consultation. Les interventions sont donc axées sur le vivant de la relation thérapeutique. Ainsi, non seulement la parole, mais aussi les émotions qui s’expriment et le vécu corporel sont intégrés au processus de restauration d’un contact créatif.

La Gestalt ne propose pas, dans un premier temps, d’expliquer l’origine des difficultés rencontrées par la personne qui vient consulter, mais bien plutôt de l’aider à prendre conscience, d’attirer son attention sur la façon dont elle ‘est au monde’ dans son quotidien, dans sa relation à l’autre. La Gestalt n’est pas principalement fondée sur la prise de conscience du ‘pourquoi’. Cette dernière peut provoquer le désir de modifier sa vie, son comportement, mais peut aussi être utilisée comme simple alibi de son état actuel ne donnant pas la possibilité de changer. La Gestalt s’intéresse surtout au ‘sentir comment’ et au ‘vers quoi’ qui s’avèrent plus mobilisateurs, au lieu de se focaliser sur le ‘savoir pourquoi’. Elle est toute tournée vers l’avenir et ne s’intéresse au passé que dans la mesure où, précisément, il ne l’est pas encore et traîne dans le présent comme un
poids aliénant, et repérable de cette manière. La Gestalt se différencie à la fois de la psychanalyse et du comportementalisme, constituant une troisième voie originale, dans le mouvement de la psychologie humaniste. Il ne s’agit ni d’expliquer, ni de modéliser, mais de se fonder sur l’expérience vécue pour ouvrir de nouveaux ‘possibles’, élargir sa liberté de choix, développer à la fois sa responsabilité et son autonomie, déployer les énergies restées en jachère, et donc, devenir le créateur de sa vie .

« L’essentiel n’est pas ce qu’on a fait de l’homme, mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui » Sartre, dans une interview accordée à la revue L’Arc en 1966.